VOYAGE À MAINS NUES Portrait d’artiste

Portrait d’artiste

VOYAGE À MAINS NUES
Bébel un cartomagicien déjà dans la légende.
On le dit le meilleur de son quartier, de sa ville, du monde mais lui, il s’en fout complètement. Djenane Belkheïr dit Bebel a commencé la magie très jeune, neuf ans. C’est une vieille amie qu’il ne se lassera pas de fréquenter en passant à 16 ans par la fabrication de marionnettes à castelet qu’il anime sur la foi d’histoires imaginées en solitaire. Ici, pas de public, seulement le goût de la construction, du bricolage et du spectacle. La magie générale, cette performance technique le lasse. Il est exigeant, aime expérimenter
Alors les cartes se présentent à lui, secrètes, fascinantes à l’infini des combinaisons.

Bébel :
« 1982, J’ai débuté, en m’entraînant seul, aux Halles, premier jour : les cartes posées à même les marches de la Fontaine des Innocents, quelques curieux s’intéressent . Deuxième jour, mes cartes posées sur un bout de tissu rouge, quelques CRS curieux s’interrogent, j’ai continué.
La magie était là »

Les cartes de Bébel ont besoin de table, le tapis vert ou bleu sera la scène. Sur le parvis Beaubourg à quelques jours des ses premiers essais de la fontaine des innocents, les diseurs de bonne aventure offrent à Bébel sa première table de camping. Fini le sitting à l’indienne, le tissu rouge a disparu.
Durant sept années, la précieuse table, passera la nuit au vestiaire du musée et le jour supportera mille et un tours.

Bébel : « C’est incroyable d’avoir la chance d’être bateleur dans ce Paris où se promène la moitié du monde… Dans une époque où les miracles technologiques rendent tout possible, c’est incroyable de pouvoir étonner, émerveiller, surprendre avec 52 morceaux de carton qui n’ont plus d’âge .C’est incroyable!! »

C’est à l’angle de la rue de Buci et du boulevard Saint-Germain entre 22H30 et une heure du matin qu’il s’installe sous un grand lampadaire. Bébel fidèle au quartier depuis 1989 nous emmène dans le vertige de son spectacle,

Bébel : « La moindre réaction du public, peux être pour moi un second souffle une inspiration nouvelle , Savoir répondre à l’instant présent. Se mettre en danger, créer le vertige de l’inconnu , faire face à l’inattendu. »

L’école des cartes, c’est quelques cours mais surtout, des livres achetés plus vite qu’il ne les lit. Par ailleurs la métaphysique, le spirituel le fantastique alimentent utilement son imaginaire. Né en 1963 à Nanterre, Bebel, l’autodidacte fait peu cas de l’école. La vie sera plus forte et cette étonnante amitié avec ces paquets de cartons, des BEE, des BYCICLE qu’il manipule de manière aérienne FRPPPPPPPPPP`

Bébel : « Lorsque je décachette un jeu neuf, Je les prépare ; les courbe dans tous les sens, sans jamais les plier. Surtout ne pas les casser. Je surveille leur point de résistance, comme le lait sur le feu.
J’effeuille les grands et les petits côtés, dans un sens puis dans l’autre. Puis viennent les étalements, les éventails, les mélanges à la queue d’aronde, le tout relevé par quelques petits faros.

J’aime les sentir s’échapper sur les bouts de mes doigts, les écouter… Les cartes ne parlent pas, elles bruissent. Un ronronnement, et je suis sûr qu’aucune carte n’est oubliée. Le jeu a acquis une souplesse une glisse.
Il est à ma main . »

Bébel travaille tous les jours, lit, écrit, met au point ses numéros, certains prennent plusieurs mois de préparation.

Bébel : « Nos gestes ou leurs amorces sont souvent conditionnées par la technique utilisée. Mais chacun d’eux peut devenir aussi langage.
Ces mêmes gestes peuvent exprimer le drame, l’impressionnant, la passion, l’humour, l’émouvant. Dire le fond de notre âme, sans le secours des mots, juste avec nos mains.

Rapide, fluide, attentif, l’homme à la voix caverneuse nous guide vers l’évanouissement des êtres et des choses, la grande illusion de l’apparition, disparition, singe comme malin.

Bébel : «Dans les cartes, il y a de la profondeur, de la « voyance », du jeu, des chiffres, du mystère Ne jamais élucider le mystère. C’est moins le fait, qu’un magicien dévoile un truc qui me gène. Mais plus le fait, de banaliser la valeur du secret. En déplaçant le curseur du secret dans le mauvais sens, nous appauvrissons ainsi le mystère.

Qu’est ce qui justifie le débinage ? Le magicien et la magie ont ils quelque chose a y gagner ? Une nouvelles notion, où on doit inventer plus vite que ceux qui débinent ?
Le simple fait de lever le voile ne serait ce pas, pour que le mérite nous revienne ? Peut – être un léger problème d’égo ?… une façon indirecte de se lancer des fleurs ? Pour, en définitive, des tours et des techniques, qui, la plupart du temps, ne nous appartiennent pas.

Le secret est-il aussi important que la misdirection ? Cela fait partie des couvertures psychologiques. Imaginons un tour fait par un magicien à un spectateur, à qui on a dévoilé quelques trucs. Même si le magicien utilise des procédés que le spectateur ignore, ce dernier va trouver une solution d’après ce qu’il croit connaître de la magie. Le spectateur sans le savoir, se prive de l’émotion magique. Il se met dans une position de défi : Celui de trouver le truc. Il en résulte une sorte de conflit. Il est fort possible que le magicien ait à se défendre. Nous sommes plus prés du combat que du rêve.

La rue pour le close up de BEBEL est à la fois muse, université, terre providentielle. La communauté magique lui décerne en 1988 le premier prix de « cartomagie » lors du congrès

« AFAP », en 1995 il gagne le prix de « la Colombe d’or » à Juan les Pins. Ses cartes se jouent de tables de cabaret, en salle de conférences d’un bout à l’autre du monde, sous le

chapiteau d’Achille Tonic avec Shirley Dino , de nulle par ailleurs( Canal plus), en passant par vivement dimanche( chez Drucker)…..
Ses cartes l’entraînent aussi sur les scènes du théâtre du Rond Point, de la Comédie Française où pour le temps « D’un bal masqué »Bébel est acteur au côté d ‘Abdul Alafrez. Il prête son savoir de magicien pour la « Cerisaie » de Tchekhov, au cinéma il sera le conseiller de Denis Lavant pour les Amants du pont neuf… Les galas, les théâtres, la télé, mais aussi les cabarets et les cafés, lui offrent-ils l’adrénaline du macadam ?

La vie de Bébel est ainsi faite : forte, immédiate, sans détours et préméditation.

Bébel : « J’ai découvert dans la beauté pure et simple de la prestidigitation une chose que

je ne soupçonnais pas:
il existe un moment privilégié, particulier.
Où le spectateur emporté par
le charme de l’effet magique,
ne cherche plus … Il chavire, Submergé par l’invisible qui
l’ entoure, la peur du vide, ne lui fait plus peur.
Cet instant du lâcher prise est pour moi un instant ouvert, pour partir plus loin….

Bebel s’exprime ainsi me confiant l’envie ancienne d’un spectacle et si les cartes avaient leur vie secrète, si elles parlaient. C’est en 1999 qu’il réalise un premier essai avec l’auteur Jacques Jouet. Mais plus tard, en 2012, il va réaliser ce rêve d’amener les cartes ailleurs, sur une scène. Il souhaite dépasser la performance technique et nous emmener sur une planète magique où le jeu et le théâtre s’allient en un rêve unique.
( portrait d’artiste).
De Myriam Bocarra avec la participation de Anne Artigau

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