Créations

Extrait de la note d’intention pour « Une carte ne vous sauve pas la vie pour rien » rédigée par le producteur Roger Le Roux, directeur du Cirque-Théâtre D’Elbeuf.

La magie, sous diverses formes, fait un retour remarqué sur nos scènes depuis quelques années. Un courant, réunissant une trentaine d’artistes se revendiquant d’une « magie nouvelle », se développe, se joue de nos perceptions et modifie notre approche du réel. La magie s’enseigne à nouveau au CNAC (Centre National des Arts du Cirque) et trouve une place inédite dans les productions récentes.

Le Cirque-Théâtre d’Elbeuf, Pôle National des Arts du Cirque et de prouesse, suit avec intérêt ce jeune mouvement et a déjà coproduit et programmée plusieurs de ses œuvres les plus significatives : Vibrations de la Cie 14:20, Le soir des monstres de la Cie Etienne Saglio,

Réalité non ordinaire de Scorpène, Influences de Thierry Collet, etc.

Le nouveau projet qui fait la matière de ce dossier, trouve sa source dans un étonnant rendez- vous qui m’est donnée en avril 2008 par Raphael Navarro et Clément Debailleul, codirecteurs de la Cie 14:20 et co-auteurs, avec Valentine Losseau, d’un « Manifeste pour une magie nouvelle » (à paraitre). Ce 21 avril, une bonne douzaine de magiciens de tous âges sont réunis, dans les locaux de répétition de Philippe Decouflé à Saint-Denis, pour rencontrer des magiciens traditionnels indiens, dont le plus célèbre d’entre eux le fameux P.C. Sorcar Jr, «l’homme qui a fait disparaitre le Taj Mahal ».

Ces montreurs de tours, plus extraordinaires les uns que les autres, se sont assez vite estompés dans ma mémoire, où par contre il reste gravée le souvenir d’une rencontre inattendue et exceptionnelle avec un maitre-cartes, aussi humble que discret, présent à ce même rendez-vous : Belkheir Djenane, connu de tous sous le pseudonyme de Bébel le magicien.

Roi du « close-up », cette micromagie en « plan rapprochée », Bébel sait en trois tours de main créer autour de lui un tourbillon magnétique avec sa magie des cartes, se constituer en instantané un auditoire fasciné. Claudiquant d’une personne à l’autre, appuyé sur son grand bâton, un sourire malicieux au coin des lèvres, il fait apparaître et disparaître à l’envi ses cartes, et avec un humour très fin s’inquiète auprès de ses spectateurs de qui manipule l’autre.

Bébel : « Ce sont les cartes qui m’ont choisi, m’ont révélé à moi-même, m’ont amené devant les gens qui se révèlent moins terribles que je ne le pensais… Ce sont elles, peut-être, qui me manipulent…»

Nous sommes loin du « montreur de tours » ou de l’escamoteur traditionnel de la magie moderne. Bébel est à un autre endroit, certes exceptionnel prestidigitateur (le meilleur selon ses pairs), illusionniste mais aussi poète, philosophe, comédien, capable d’ouvrir sous nos yeux des gouffres d’inconnu et de mystères et de nous y guider avec malice. Il donne l’envie de l’y suivre. Je l’ai invité, moins d’une année plus tard, à participer à une « soirée magie » au Cirque-Théâtre, avec l’ambition de tenter d’approcher au cours de cette soirée les caractéristiques principales de ce courant s’élargissant et baptisé « magie nouvelle ».

Il y a connu un grand succès auprès d’un public en découverte.

C’est au cours de cette même soirée qu’il m’a raconté en quelques mots le désir qu’était le sien de monter un spectacle tout entier consacré à l’histoire secrète des cartes.

Bébel : « Les cartes m’ont révélé des choses depuis le commencement du monde, une certaine philosophie de la vie, la raison de certaines croyances, la mystique et les fondements de l’existence. »

Ces propos ont fait leur chemin dans mon esprit. Bébel avait besoin d’être accompagné pour mener à bien son projet. Il souhaitait rencontrer un auteur capable de l’accompagner et d’écrire pour lui, mais pas sans lui, ce spectacle de sa vie. Meriem Menant (Emma la clown) lui a présenté Nathalie Papin. Il a décidé d’en faire l’auteure de cette histoire. Ce choix fera l’objet d’une commande d’écriture passée par le Cirque-Théâtre d’Elbeuf à l’auteure.